Les labels environnementaux, c’est quoi en fait ?

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6–10 minutes

Déméter, vins S.A.I.N.S, bio, biodynamie, les labels environnementaux foisonnent et les bouteilles deviennent de moins en moins lisibles. Ils contiennent pourtant énormément d’information pour les consommateurs et sont des arguments marketing de taille… pour qui sait les déchiffrer. En effet, dans un monde toujours plus attentif à son environnement et à l’impact des produits sur la santé, il convient de connaître un minimum la signification de toutes ces petites images.

Les labels

Déjà, qu’est-ce qu’un label ?
Les labels sont des pictogrammes présents sur les produits attribués par des organismes agréés, ils ont en fait valeur de certification. Ces labels peuvent avoir des significations diverses, que ce soit sur le mode de fabrication du produit, sur ses qualités nutritives, sur son impact environnemental, etc.
Généralement les labels visent à promouvoir les vertus d’un produit, ils sont positifs. Sinon, les marques n’accepteraient pas de les voir apposer sur leurs boites.
Le vin étant un produit très lié à la santé et à l’environnement, il est donc logique qu’il dispose de ses pictogrammes.

Les processus de certification sont souvent très longs, en raison notamment des démarches administratives très lourdes, à la nature des sols qui doivent être changés, à des travaux à réaliser dans le domaine, etc. C’est un coût financier très important pour le vigneron, en plus de la remise en question de toutes les pratiques auxquelles il était habitué et d’une baisse parfois drastique de la production.
Certains choisissent alors de ne labelliser qu’une partie de leur vignoble seulement afin de limiter tous ces impacts.
L’arrivée d’une certification majeure sur la bouteille est généralement accompagnée par une hausse majeure du prix…

Voyons donc les principaux labels que l’on rencontre.

Les labels « raisonnés »

Les fameux logos HVE (haute valeur environnementale) et Terra Vitis attestent d’une agriculture dite « raisonnée ». Les deux sont assez équivalents, à la différence que Terra Vitis est réservé au monde du vin. Les vignerons doivent essayer de limiter les produits phytosanitaires pour rendre leur récolte plus respectueuse de l’environnement ainsi que pour limiter l’impact néfaste sur le personnel travaillant dans leur champs. Il y aura aussi une utilisation plus respectueuse de l’eau et des irrigations.
En bref, qu’est-ce que ça veut dire ?

Rien.

Les bouteilles qui affichent ces labels n’ont pas obligation de respecter les contraintes… que les vignerons se fixent souvent eux-mêmes. Cela passe pour ce que l’on appelle du « green washing ». C’est lorsque l’on met en avant des vertus écologiques illusoires en vue de soigner son image de marque, ou d’avoir un appui marketing supérieur.

Néanmoins, ces labels constituent la première étape vers des certifications nettement plus significatives et engageantes. Beaucoup de vignerons prennent le sujet au sérieux et ne voient ce label que comme la première marche d’un long escalier à gravir.

Les labels biologiques

C’est sûrement le plus connu du lot, mais pas forcément le plus compris.
Très plébiscité par l’État, le logo AB vient logiquement du ministère de l’agriculture, quelques années avant l’Eurofeuille, à portée européenne. Plusieurs entités de certification délivrent ce label et doivent suivre les logos sur les produits.
Dans le monde du vin, un peu plus de 20% de la production française est certifiée biologique, pour une bouteille environ 20% plus cher pour le consommateur.
Que signifie alors réellement ce label ?

C’est simple : aucun produit chimique.

C’est une certification significative, et les vignerons doivent pouvoir justifier lors d’audits réguliers les bonnes pratiques mises en place. Généralement, les traitements de la vigne se font via des produits « naturels » (traitement au cuivre, au soufre…) et il n’y a pas de produits chimiques rajoutés dans le vin non plus. Les doses de sulfites sont moindres par rapport à l’agriculture conventionnelle également.
Ce label est étatique, il ne profite donc pas de la force de communication des entités privées, c’est sûrement pour cette raison qu’il peut être mal compris par le consommateur. Il nécessite beaucoup d’effort et est une vraie garantie d’un produit plus sain. D’ailleurs, il demande tellement d’effort qu’il n’est pas rare de ne certifier qu’une seule partie de son vignoble en bio pour avoir une production labellisée et une autre non.

Lors des analyses chimiques par les entités d’audits, une marge de moins de 5% est généralement tolérée au cas où les exploitations alentour « polluent » les parcelles biologiques.

Les labels biodynamiques

Là c’est du sérieux.
Le but de la biodynamie, c’est de retourner au plus proche des méthodes de viticulture ancestrale.

Dans biodynamie, il y a « -dynamie », à savoir le mouvement. Cela vient du fait que les soins de la vigne se font généralement avec des tisanes, qui sont des concoctions artisanales à base d’ortie, de corne de bouc et autres joyeusetés. On va en fait venir donner de l’énergie à ces potions magiques via le mouvement, d’où la biodynamie.
On bannit donc tous les produits chimiques et tout ce qui peut être mauvais pour la santé de la vigne à long terme, pour le vigneron, et pour les sols de la vigne !
N’oublions pas que la terre dans laquelle la vigne est plantée se doit d’être vivante et de contenir tous les organismes qui la maintiennent en état, notamment les vers de terre, les champignons, les « mauvaises » herbes, etc.
Enfin, la récolte et les traitements se font aussi en fonction du cycle lunaire, et les vendanges sont manuelles.
On peut voir ça comme une approche extrême du bio. Pour prétendre à la biodynamie, les vignerons ont une liste très réduite d’intrants (produits que l’on rajoute dans le vin, ou dans la vigne) dont ils ne peuvent en utiliser qu’une partie.

Les entités Déméter et Biodyvin distribuent ces labels de plus en plus plébiscités. Les labels ont la même valeur, même si Déméter est plus international, donc a un peu plus de valeur pour les vins voués à être exportés. Moins de 2% des vignobles français sont certifiés biodynamiques.
Un domaine en biodynamie est forcément plus exposé aux maladies de la vigne, donc observe des rendements plus faibles, des récoltes plus instables également. Cela se répercute sur le prix, mais il n’est pas rare de constater que les vins certifiés biodynamiques sont quand même de qualité supérieure à la moyenne.
Est-ce dû à la méthode de culture respectueuse de l’environnement ? Ou bien à une culture agricole et paysanne qui favorise un lien et un respect profond de la terre et de ses produits ?
Probablement un peu des deux.

Les préceptes de la biodynamie, dictés pas son inventeur, l’allemand Rudolf Steiner, sont également très controversés. Parfois jugés trop extrémistes, sectaires et pseudo-scientifiques.

Les labels vins méthode nature


Depuis quelques années, voici l’avènement des vins dits « méthode nature ». Ils sont le résultat d’une philosophie aboutie concernant la santé et l’environnement. Tous les produits non-naturels sont formellement exclus, aucun intrant n’est utilisé, sauf le soufre dans quelques cas.
Tout est bien sûr vendangé à la main.
Il n’est pas ou peu filtré pour laisser le produit le plus vivant possible. De ce fait, souvent ce genre de vin a un aspect trouble qui pourrait passer pour un défaut si l’on n’est pas au fait des méthodes de fabrication de ce type de produit.

On va parler ici des labels « vins S.A.I.N.S » (Sans Aucun Intrant Ni Sulfites) ou de « vin méthode nature ».

La principale différence est l’ajout de sulfite autorisé à l’embouteillage pour les vins méthode nature (à hauteur de 30mg/L maximum, contre un maximum de 80mg/L pour les vins biodynamiques, et 250 pour l’agriculture conventionnelle) alors que les vins S.A.I.N.S restent exempts de soufre !

Pour autant, ces labels ne sont pas soumis à des contrôles réguliers et exigeants. Leur attribution et leur maintien est davantage dû à la bonne volonté du vigneron adhérant qu’à l’approbation d’un comité technique neutre. Mais comme dit précédemment, cette philosophie est aboutie et les vignerons de cette catégorie sont probablement les plus engagés. Il y a fort à parier qu’aucun ne soit malhonnête sur ses démarches et ses pratiques relatives au label.

Quelle importance doit-on donner aux labels ?

Chacun a sa sensibilité à l’environnement ou à la composition des produits consommés, donc chacun sa sensibilité aux labels et à leurs promesses.

Il est important de prendre en considération le fait que beaucoup de vins non labellisés ne passent pas les certifications pour des raisons économiques ou structurelles (administratif, temps, personnel, etc) alors que la vigne et les pratiques vigneronnes appliquées sont tout à fait en adéquation avec certains labels. Il y a aussi le cas où les domaines sont en conversion vers le bio ou la biodynamie. Cette démarche prend plusieurs années mais même avant l’obtention du label, les vignerons redoublent d’effort.

Dans tous les cas, attention au « Green Washing ».
C’est toujours difficile de différencier les démarches commerciales des domaines qui se revendiquent attentifs à leur impact environnemental et sanitaire, des démarches honnêtes qui traduisent une vraie volonté de changer les méthodes de production et de consommation.
Allez dans les domaines et parlez avec le vigneron, vous comprendrez peut-être tout l’intérêt de sa démarche.
Ou demandez à votre caviste qui saura (pour les meilleurs) vous tenir au courant de la philosophie des différentes bouteilles qu’il propose.

Une réponse à « Les labels environnementaux, c’est quoi en fait ? »

  1. Avatar de Sacriledge

    Merci pour ces éclaircissements ! Hélas comme pour beaucoup de produits commercialisés, la présence de trop de logos tue l’idée originale pourtant bien légitime et partant d’une bonne attention. Résultat je passe souvent un peu outre, hormis le « AB » que j’ai toujours bien considéré.

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